18 juillet 2007

26. De l’intervention de Morrigan et du bannissement de Balor.

Ecoute enfant, écoute bien ce qui se produisit en cet instant dramatique, ainsi tu comprendras la foi qui anime les guerriers quand ils invoquent la déesse à la rouge chevelure...

Balor était sur le pont de mettre à mort Nuada, alors, éclair de feu, lame de lune éclatante et vive un mur de lumière s’interposa entre les frères. Morrigan venait d’apparaître sous la forme d’une entité éblouissante, nimbée d’une aura de paix, d’amour. Plus puissante encore que le cauchemar. Elle s’adressa à Balor en ces termes « Tu n’es pas digne de l’amour que je t’ai témoigné et désormais par les liens qui m’unissent à ce monde tu seras maudit jusqu’à la fin des temps. Par la puissance que me concède la terre médiane, fruit du rêve du Créateur je te chasse ainsi que les tiens en vos contrées mille fois maudites que désormais vous ne pourrez plus quitter »

Balor stupéfait comprit que les paroles de Morrigan étaient chargées d’un pouvoir croissant. O mon enfant, à mesure que l’éclatante lumière rayonnait du corps de la déesse à la rouge chevelure chacun des membres de l’armée Ténébreuse fit demi-tour tant l’effroi et la douleur qu ‘elle leur infligeait était insupportable.

Le Sombre Seigneur tenta de résister et concentra tous ses efforts pour détruire celle qu’il avait autrefois tant aimée. Mais le pouvoir de la détermination de Morrigan était bien plus puissant que sa volonté. L’ombre même se terra au plus profond de son corps difforme et Balor dut se résoudre à prendre la fuite laissant le charnier de la Moy Tura. Ainsi prit fin le plus lourd et le plus important massacre que Némédia ait porté sur son sol mon enfant. Ainsi tu sais quel héritage a laissé l’ombre.

Morrigan disparut en se divisant en trois personnes distinctes que désormais les Tuatha De Danann nommerait et révèrerait sous le titre de la « Babd » ce qui veut dire « la lueur de l’étoile qui est trois ».

Après le moment des pleurs vint celui des honneurs, enfant. Car ceux qui donnent leur vie pour une cause juste se doivent d’être honorés et vénérés. Et pour chaque brave qui était tombé sur la plaine de Moy Tura fut érigée une pierre sur laquelle l’ogharune de son vécu fut gravé. Ces milliers de pierres dressées, tu peux encore les voir, elles sont le souvenir d’un passé héroïque que nous ne devons jamais oublier ou renier.

Morrigan quant à elle n’apparaît plus qu’à de rares occasions sous l’une de ses trois formes. Une jeune fille insouciante couronnée de fleurs, un corbeau au bec rouge ou une vieille femme voûtée soutenant le poids des âges et le malheur des actes passés… Toutefois, jamais elle ne revint parmi ceux du peuple de Dana. Oui mon enfant, Morrigan préfère rester en communion avec la Chimère. Depuis ce jour funeste, elle apporte sagesse, volonté et courage aux Gaiscedachs.

Ainsi s’achève le récit de l’âge d’or des Tuatha De Danann mon enfant. Ici commence l’ère qui vit la colère de Bran, mais cela je te le raconterai après m’être reposé, si tu le veux bien.

16 juillet 2007

25. De la puissance de l’œil unique de Balor (Part two)

Dagda frappait de taille et d’estoc, sans relâche. La lame en fusion de son épée fabuleuse décimait ses adversaires par dizaines, à la suite les uns des autres. La lance de Lug chassait les Formoirés comme s’ils n’avaient été que des insectes. Et de son côté, mon ami, Sengann décapitait les inconscients qui osaient s’aventurer trop près de sa lame enchantée.

C’est à cet instant précis, mu par l’Ombre qui commandait à son esprit malade que Balor quitta les hauteurs d’où il observait le champ de bataille. Horreur indicible que son œil unique changeant de couleur pour virer au carmin le plus éclatant qui soit, je t’assure. Puis ce fut un rayonnement aveuglant qui s’en échappa balayant tous les combattants quelque soit leur camp. Un halo si vif que tous durent détourner le regard pour ne pas être aveuglés.

Oui, mon jeune ami, L’œil de Balor était incandescence et destruction. Rien n’y résistait. Alors le preux Nuada tenta de s’interposer pour que cesse le carnage… Trop des siens mourraient et hurlaient l’horreur. Car les douleurs de ce feu maléfique tout droit sorti du crâne du Sombre Seigneur puisaient leur énergie dans le cauchemar, dans la substance même de l’ombre. Las, la vaillance de Nuada n’avait pas la force de cette arme inégalable. Bravement le fils de Dagda tenta de frapper celui qui avait été son frère mais son bras n’atteint pas le démon. Ce bras qui portait l’espoir des Premiers nés subit l’amputation la plus horrible qui soit.

12 juillet 2007

24. De la puissance de l'oeil unique de Balor (part one)

Enfin, lorsque le soleil se couchait, les combats prenaient fin et chacun récupérait morts et blessés. Et, mon jeune ami, le lendemain, les rangs ennemis ne semblaient pas pour autant avoir diminué ; la motivation de tous restait inflexible. Diancecht avait creusé des puits de guérison dans lesquels les moribonds retrouvaient vigueur et force, grâce aux savants principes magiques que le Tuatha De et les Korrigans avaient élaborés. Oui, mon enfant, en ces âges mythiques, la mort existait mais n’était pas toujours irréversible.

Alors, à la fin du sixième jour d’affrontement, aucun des deux camps ne prenant l’avantage, après que des messagers soient envoyés de part et d’autre, une trêve fut instaurée. Il fut décidé que les combats singuliers opposant les chefs et les héros de l’armée Ténébreuse à ceux des Premiers nés départageraient les antagonistes.

Les valeureux combattants qui croisèrent le fer se succédèrent comme si les duels ne devaient jamais prendre fin. Tous étaient braves ; moult laissèrent la vie et aujourd’hui encore mon jeune ami, les récits de leurs exploits sont chantés et contés autour du feu comme s’il ne s’agissait que de légendes.

L’enjeu était si important que Nuada et Lug eux même entrèrent sur la plaine pour se confronter aux héros Formoirés et Fir Bolg. Peu survécurent aux armes enchantées que le père et le fils maniaient sans relâche de l’aurore au couchant. Pas un instant ils ne prirent le temps de se reposer. Jamais ils ne défaillirent, mon fils, en cela on put voir quelle majesté les habitait.

Le Troisième jour de ces sanglants affrontements, les Obscurs qui jusqu’à présent n’étaient pas rentrés en lice levèrent les bras au ciel en psalmodiant des sortilèges dont les paroles même écorchaient les oreilles de ceux qui les entendaient. Les sons qui émanaient de leurs gorges inhumaines étaient si atroces que nombre furent ceux obligés à déposer les armes pour se boucher les oreilles.

Le spectacle mon fils, était apocalyptique. Le climat était oppressant et la voûte céleste si basse que l’on aurait cru qu’elle allait toucher les casques des guerriers. Les ténèbres de la nuit la plus sombre venaient de s’abattre sur la Moy Tura. Seuls quelques éclairs d’un bleu aveuglant permettaient d’entrevoir le carnage qui continuait de se dérouler.

07 juillet 2007

23. De la bataille de Moy Tura et de la naissance du temps (Part two)

Désormais chaque événement qui marquerait cette journée et les suivantes écrirait dans le sang des braves la trame sinistre de ce que deviendrait l’avenir. Ton histoire et ton destin trouveront dans mes mots leur signification, sois sûr que ta présence ici est la continuité de ce récit. L’âme des guerriers qui désormais t’habite n’est qu’une conséquence de la sournoise manifestation de l’ombre qui causa tous ces fléaux. Mais je m’égare, poursuivons ce récit si tu le veux bien, il est loin d’être fini.

Alors, de part et d’autre, des guerriers quittèrent les rangs serrés de leurs troupes respectives pour se rendre au centre de la plaine. Il leur fallait, Mon Jeune Ami, effacer la honte des affronts subis individuellement et laver leur honneur par les duels rituels. Les face-à-face durèrent longtemps ; ils s’arrêtaient au couchant et reprenaient au lever du soleil. Pour chacun ce fut une éternité et chaque jour durant, les rangs des hommes concernés diminuaient.

Le sixième matin, lorsque plus personne n’eut à se rendre sur la plaine, tenant Graal du bout des doigts Balor interpella son père. D’une voix tonitruante, il cria pour qu’on l’entende d’un bout à l’autre de la plaine de Moy Tura à Dagda :
« Père, si tu désires ton chaudron, viens le chercher ! Octroie moi la moitié de tes territoires ! Alors je t’embrasserai puis retournerai en Thulé. »
Le père de tous les Tuatha De Danann répondit simplement :
« Graal reviendra aux siens et toi, mon fils tu seras banni pour l’éternité en un territoire aussi vaste que ta vanité s’y perdra ! N’attends aucune compassion de ma part ni même de ceux contre qui tu lèves ton armée, seul le Créateur décidera de notre destin.»

Le dernier mot du Dagda fut le signal qui vit la MoyTura se couvrir d’innombrables combattants qui se déversèrent, se mélangeant en une immense et macabre sarabande mêlant chair, acier, hurlements, effroi et pleurs. Mille féroces Fir Bolgs s’acharnaient comme des bêtes enragées et écumantes de rage sur de valeureux et braves guerriers de la terre des Aînés. Nuada, Dagda, Nemed et d’aussi illustres héros repoussaient les vagues successives d’attaquants sans jamais faire montre d’épuisement. O Mon Fils, comme ces glorieux héros étaient vaillants, imagine-les, infatigables, pourfendant sans distinction tout ce qui n’était pas orné du rouge, de la couleur de Morrigan...

Cirb, Eochaï et Breas se jetaient entourés de leurs fidèles sur les Tuatha De Danann et les humains, à la manière de charognards sur des proies faciles. Mais, Enfant, la magie des sortilèges qui emplissait les armes des fils de Dagda leur faisait décimer cent fois plus d’adversaires que n’importe lequel des héros de l’armée Ténébreuse.

Le sol de la Moy Tura vira rapidement en un tapis carmin et bourbeux contrastant avec la verdure environnante et la fraîcheur éclatante de l’herbe qui y poussait habituellement.
Entends-tu encore le fracas assourdissant du tonnerre et des armes rencontrant les cuirasses ? Celui du métal déchirant les chairs et aussi les cris de rage et de douleur ; l’infâme succion des pieds s’arrachant du sol gorgé de sang… Imagine toutes ses sensations, laisse-les remonter et vis toi aussi cet effroyable cauchemar.

Oui Mon Fils, les imprécations lancées par les chefs de guerre résonnent à tes oreilles, les râles des blessés à peine atténués par les carnynx et le grondement des tambours font battre ton cœur plus vite et te donnent la nausée. Apprends ce qu’est la peur et observe dans mes yeux les corps qui s’amoncèlent en de funèbres monticules sur les plaines de la Moy Tura. Imprègne-toi de cette horreur, contemple ces têtes et ces membres tous positionnés en d’outrageantes attitudes, complètement démantibulés. Vois ce que l’ombre peut réaliser et commence à détester ce que tu devras combattre.

Doucement, reviens vers moi, laisse le calme de la Chimère te caresser de son infinie douceur, c’est fini… Maintenant je peux poursuivre, pardonne-moi la brutalité de ces images elles étaient nécessaires, elles font partie de ce que tu dois apprendre.

02 juillet 2007

22. De la bataille de Moy Tura et de la naissance du temps. (Part one)

La résolution de Balor était sans appel, l’ombre le confortait dans son choix attisant sa malveillance. Et car l’offensé décide toujours de l’endroit où justice sera rendue, Mon Jeune Ami, Dagda choisit les plaines sans fin de la Moy Tura pour livrer bataille. Mais, sache aussi que ces plaines étaient le seul espace suffisamment vaste pour que puissent s’étendre et s’affronter les innombrables rangées de combattants. Tu aurais immédiatement compris si tu avais pu contempler la multitude de guerriers qui s’alignaient de part et d’autre dans les deux camps.

Anarchiques et désordonnés, des rangs de Formoirés, de Fir Bolgs trapus, de Trolls monstrueux ainsi que de nombreuses et innombrables créatures maléfiques. Peux-tu imaginer, Mon Fils, cette Armée Ténébreuse frappant armes et cuirasses en écho aux grondements des tambours et des hurlements des trompes de guerre.

Imagine encore, Mon Enfant, dans les yeux de cette horde chaotique et disgracieuse la colère, la rage et la haine qui régnaient ; et les éclairs striant la masse sombre des nuages qui les entourait d’un suaire nébuleux ne faisait qu’accentuer leur aspect démoniaque et effroyable.

En retrait, surplombant la plaine, Balor, les Venus du chaudron et des héros de leur descendance ; Breas, Eochaï, Cirb. A quelques pas de ces démons grimaçants, se tenaient des groupes de mages psalmodiant des incantations, des chants mystiques aux accents funestes, des sortilèges et des malédictions impies.

Plus loin encore, méditant, immobiles, silencieux, les yeux fermés, le menton appuyé sur le torse, main dans la main, formant une inquiétante et macabre ronde figée, se tenaient ceux que ne l’on ne connaît que sous le nom d’Obscurs. Cette armada chaotique t’aurait sans doute fait défaillir Mon Enfant, car jamais encore tant de répugnantes créatures n’avaient été réunies en un seul lieu, aujourd’hui encore, j’en tremble rien qu’en y songeant.

Face à eux, sur l’autre versant de la plaine, fiers et souriants, Dagda, Nemed et de nombreux illustres humains et Tuatha De Danann les toisaient. Ils arboraient provocateurs ce que chants et psalmodies des sages et des érudits Gruagachs mais aussi Tuatha De Danann avaient permis de réaliser en utilisant la substance même des cauchemars du Créateur. Oui Mon Fils, cette substance terrible et corruptrice qu’est l’ombre, celle-là même qui insidieusement inspirait Balor contre les siens.

Lug, éclatant comme le prince Tuatha De Danann que tous aimaient, élevait une lance à cinq branches dont seul le souffle léger de l’aurore suffisait à embraser les pointes. Dagda, lui, tenait ses deux mains appuyées sur le pommeau d’une épée dont la largeur de la lame équivalait à celle de l’une de ses cuisses. Nuada, magnifique chef de guerre de la race des Premier nés, arborait une arme à la manufacture plus qu’archaïque en comparaison à celles des princes de son peuple. Une épée comme tant d’autres, sans ornementation ni ciselure. Une arme sur la lame de laquelle aucune lueur ne venait se refléter ; noire comme une nuit sans lune. Les tiens l’appellent Excalibur, le nom qu’il lui avait donnée alors était Calfwech’t.

Détaché et absolument méprisant quant à ce qui allait se produire, Nemed inspectait du pouce le tranchant des deux lames d’une hache aussi haute que son épaule. Cette arme de la même matière que l’épée de Nuada et de celle de Sengann, son propre fils, chantait une mélopée hypnotique et langoureuse, un chant funèbre pour ceux qu’elle viendrait faucher avec enthousiasme et plaisir. O Mon Fils, tu aurais vu comme Nemed l’exhibait avec moquerie en signe de provocation. Jamais tant de légèreté en un moment aussi tragique ne fut aussi encourageant pour les siens.

En signe de ralliement, tous les braves étaient vêtus de kilts ou de pièces de tissu du rouge du sang qui ne manquerait de couler, de cette couleur de la chevelure de Morrigan qui serait l’égérie de cette lutte fratricide. Hormis ces quelques morceaux de drap masquant à peine leur nudité, les vagues de combattants humains et leurs aînées Tuatha De Danann avaient recouvert leurs corps de complexes symboles tracés avec d’éclatantes et vives peinture, en l’honneur de Dana leur mère à tous.

L’honneur et la dignité étaient les seules armures qu’ils opposeraient aux lames de leurs monstrueux adversaires. Sans frayeur ni doute, ils exhibaient avec fureur et détermination boucliers et armes, répondant aux hurlements de leurs adversaires par des cris de guerre effroyables.

C’est à cet instant précis que naquit le Temps, Mon Fils.

Désormais chaque événement qui marquerait cette journée et les suivantes écrirait dans le sang des braves la trame sinistre de ce que deviendrait l’avenir. Ton histoire et ton destin trouveront dans mes mots leur signification, sois sûr que ta présence ici est la continuité de ce récit. L’âme des guerriers qui désormais t’habite n’est qu’une conséquence de la sournoise manifestation de l’ombre qui causa tous ces fléaux. Mais je m’égare, poursuivons ce récit si tu le veux bien, il est loin d’être fini.

27 juin 2007

21. Des prémices de la bataille (Part two)

Horrible et indiciblement magnifique sensation pour ceux qui observaient ce spectacle que de sentir leur âme glacée par ces milliers d’yeux jaillissant de nulle part et dont le regard les transperçait. Malgré ce spectacle horrifiant et l’ambiance qui en découlait, comme l’usage se doit, mon fils, de part et d’autres, émissaires Formoirés et des terres libres remirent des présents et échangèrent les messages qu’on leur avait dit de répéter.


Alors, mon enfant, lumineuse comme l’aurore, grandiose comme un rayon de soleil, la compagnie de Dagda reparut lorsque tous pensaient qu’ils ne viendraient plus. Nuada alla en personne et au nom de tous parler avec son frère Balor. Comme il avait été pressenti pour être un grand chef dés sa naissance, il se comporta. Digne, sans haine, ses yeux brillant de la fierté qui caractérisait les plus grands, Nuada s’avança au milieu des troupes de l’armée ténébreuse, sans peur. Il n’accorda pas l’accolade fraternelle à Balor et lui demanda immédiatement de rendre Graal et de quitter la terre des Aînés. S’il ne s’exécutait pas, il aurait à affronter le courroux de Dagda.


Vois-tu mon enfant, tout être sensé aurait compris quelle chance était offerte de faire amende honorable et de reconnaître ses torts... De partir avec le goût amer de la honte dans la bouche mais, avec noblesse, grandi aux yeux de tout un chacun. Balor lui, ne réagit pas autrement que s’il avait été amusé. Et sa décision irait dans le sens qu’avait décidé pour lui l’ombre qui maintenant le dominait… la bataille fut donc le choix du Sombre Seigneur.

21 juin 2007

20. Les prémices de la bataille (Part one)

A peine Dagda et sa suite eurent-ils quitté Thulé, le Sombre Seigneur réunit le plus formidable conseil de guerre que Nemedia ait porté. Rentrant sur les terres libres du peuple Tuatha De Danann, Dagda renvoya tous ses fidèles en leurs demeures pour aviser leurs gens. Il fallait que tous soient prévenus de l’ombre menaçante de la confrontation qui ne manquerait pas de se dérouler. Tous avaient reçu l’ordre de préparer harnachements et armes.

Alors mon jeune ami, Brug Na Boyne, Findias, Murias, Gorias Falias et d’autres cités fabuleuses dont le nom nous échappe encore aujourd’hui furent soumises à l’inhabituelle agitation précédant les sombres évènements. Humains et Tuatha De Danann habituellement si plein de joie s’équipèrent pour livrer bataille. Si le prix de la paix était la guerre, il en serait ainsi et chacun donnerait son sang pour la terre médiane et au nom de Dagda.

Mais, mon enfant, loin des affres de la fièvre guerrière qui enivrait jusqu’aux plus sages, se déroulait un étrange conseil. Après une concertation grave entre Dagda, Lugh, Goibniu, Nemed, Diancecht, Oghma, Lars, premier souverain suprême des Korrigans et les mages les plus érudits et les plus éclairés du territoire, ces illustres seigneurs, se rendirent au royaume des Gruagachs.Hormis Dagda et sa suite, aucun de ceux restés dans les territoires libres pour aménager leur défense n’avait été mis dans le secret enveloppant la raison de ce départ, pas même Dana.

Les côtes de la terre médiane, habituellement si paisibles, étaient animées par le grouillement incessant des sombres mille-pattes formés par les cohortes maléfiques de Balor. Harnachés, hurleurs, écumant d’une bave née de la rage longuement instillée par le Sombre Seigneur tous étaient exaltés à l’idée d’anéantir ces adversaires qu’ils haïssaient tant. Oui mon fils, les frères allaient à nouveau faire couler le sang des leurs, l’ombre était parvenue à semer un trouble qu’il serait désormais impossible d’effacer des mémoires.

Heaumes à cimiers de bronze, cuirasses d’airain, épées, piques et haches d’acier venaient hérisser agressivement de leur lueur haineuse ce pathétique et monstrueux géant aux mouvements tentaculaires et désordonnés. La mer habituellement turquoise et si sereine était désormais dardée d’une multitude de navires et d’esquifs que trois fois dix personnes ensemble auraient eu du mal à dénombrer. Leurs voiles à moitié noyées dans un brouillard magique tissé par les nécromants Formoirés et Fir Bolgs laissaient toutefois clairement apparaître l’œil unique marquant leur texture sombre de son éclat mauvais.

18 juin 2007

19. Des conséquences de la fourberie de Balor (Part two)

Lorsque Formoirés, Tuathans et humains prirent place à table, Dagda resta debout. Il tenait sa harpe magique et proposa en guise de présent d’animer le banquet de ses chants. Il joua d’abord les accords de la joie et tous ensemble les convives se mirent à rire. Faisant suite à la joie, les accords de la tristesse fendirent le cœur de tous et chacun pleura jusqu’à ce que le sol soit trempé de larmes. Pour conclure, Dagda joua l’air mélancolique du sommeil et tous s’endormirent. Profitant de l’assoupissement général, le Tuatha originel vida Graal de son contenu et le remplit de toute la nourriture qu’il put trouver en Thulé. Après quelques instants, tous les convives s’éveillèrent sans toutefois avoir gardé le souvenir de s’être endormis.

Balor que l’impatience rongeait s’adressa à son père. « Il me semble que tes chants bien qu’ils aient duré bien longtemps ont ravi l’assemblée. Tu dois être bien affamé mon Père, l’honneur te revient d’entamer ce festin en prenant pour toi la part du chef, elle te revient de droit. » Dagda qui s’attendait à ce moment se saisit de Graal à bras le corps et commença à en avaler le contenu sans prendre le temps de respirer. Devant les regards ébahis de tous, il vida le chaudron magique jusqu’à la dernière goutte, puis se tourna vers Balor. « Voilà, ainsi que tu pêux le constater, j’ai répondu à ton hospitalité et me suis nourri de ce que tu me proposais. Il semble que tes promesses de banquet ne soient pas à la hauteur de mon appétit ! Maintenant qu’il ne reste plus rien, comment comptes-tu satisfaire le reste de tes hôtes ? C’est un affront que je ne puis décemment accepter et je préfère repartir en espérant que tu répareras cette humiliation en écoutant la voix de la sagesse et en cessant de te conduire en animal. Nous repartons et je souhaite que tu payes cet offense en retirant tes sbires de mes terres et que tu rapportes Graal à l’endroit qu’il n’aurait jamais du quitter, Brug Na Boyne ! Si tel n’était pas le cas, sache que dorénavant, le Tuathan entier se lèverait au côté des hommes pour te combattre. »

14 juin 2007

18. Des conséquences de la fourberie de Balor (Part one)

Quelle que soit la nature d’une nouvelle, peu importe qui en est le porteur et qui l’envoie, le meilleur accueil lui est toujours réservé. Et, mon jeune ami, il en fut ainsi pour les émissaires qu’envoya Balor. Un banquet fut même donné en leur honneur. Car Dagda est le dieu bon et qu’en aucun cas il ne déroge aux lois de l’hospitalité qu’il a instaurées. Le Premier né écouta ce que les Formoirés avaient à dire et les laissa même rire de lui. Bien qu’il ne le montrât pas, la souffrance emplissait son cœur.

Cependant, mon enfant, et c’est en cela que tu dois voir la grandeur de ce dieu, l’humiliation n’était rien comparée à ce besoin de voir à nouveau la paix sur la terre médiane. Désireux que l’horreur cesse et que les choses rentrent dans l’ordre, Dagda renvoya les émissaires en Thulé. Il les chargea de répondre au Sombre Seigneur qu’il se déplacerait pour assister à son union avec Morrigan.

A l’annonce de cette nouvelle, Balor fut pris d’une rage incontrôlable. Son aveuglement et avouons-le aussi son mentor ombreux l’avaient persuadé que le Tuatha De originel avait décidé de le tourner en ridicule, préférant sacrifier sa fille plutôt que de risquer de combattre comme il l’avait prévu. L’ombre inspira à nouveau Balor lui soumettant un plan qui obligerait Dagda à réagir de façon à ce que tous croient que sa décision n’avait pour but que de trahir l’hospitalité du Sombre Seigneur. Ainsi, pour tous, le Premier né ne vaudrait pas mieux que son fils difforme, car il ne pourrait faire autrement que de violer l’une des lois primordiales les plus importantes.

Comme prévu, Dagda se présenta à Thulé, porteur de présents comme il se doit et accompagné de Nemed et des principaux seigneurs Tuatha De dont nombre pensait en effet que la paix serait scellée par l’union de Morrigan au dernier des enfants de leur race. Thulé avait été ornementée à la façon de Brug Na Boyne, mille oriflammes rutilantes à l’image de l’œil Unique avaient été disposées partout où que l’on puisse poser le regard. Les hurlements des Carnyx et les grondements des tambours Fir Bolg résonnaient avec tant d’intensité que les murs mêmes de la cité en tremblaient. Balor accueillit Dagda et sa suite au bras de Morrigan qui avait été parée de noir car telle était la couleur des armes Formoirés.

Ecoute bien mon fils, à quel point le cynisme de Balor est sans limite. Ayant fomenté sournoisement son plan, il fit en sorte que Morrigan l’entende donner les recommandations à ses serviteurs pour qu’ils versent un puissant poison dans Graal, dans lequel seraient préparés les mets que l’on offrirait aux convives. Embrassant son père, Morrigan ne put s’empêcher de lui murmurer à l’oreille ce qu’elle savait. En cela, elle agit de la manière que le Sombre Seigneur avait espérée. Dagda conscient de la fourbe manœuvre de son fils savait que s’il ne mangeait les mets qui lui étaient proposés, il se retrouverait en la position d’offenseur. Tourmenté par ce dilemme, le Premier né réfléchit à la manière la plus astucieuse de ne pas tomber dans le piège tendu.

12 juin 2007

17. Du choix de Morrigan (Part two)

Hélas, le frère difforme dont l'esprit malade était rongé par le vice n'était animé que d’intentions belliqueuses et vengeresses à l'égard des Tuatha De Danann… Peut-être encore plus envers les humains qui avaient osé défier sa toute puissance. Inspiré par son mentor qui alimentait sa folie en distillant savamment doute et suspicion, le Seigneur et roi des Formoirés examina la requête de sa sœur. O mon fils, la fourberie allait encore œuvrer et Balor à l’œil unique élabora la trame de ce qui serait sa revanche.

Après avoir longuement réfléchi, Balor accepta la proposition de Morrigan… Toutefois, mon enfant, tu imagines bien que la réponse donnée serait encore l’opportunité pour une nouvelle duperie. Aussi, le Formoiré posa une condition unique qui serait décisive dans l'application de l’accord. Le départ des fidèles de Balor ne serait effectif que lorsque Morrigan aurait donné un enfant à son frère. Cette naissance viserait à sceller leur mariage et serait aux yeux de tous, le symbole vivant de ce pacte.

Morrigan comprit que Balor venait de la piéger. L'âme en peine, ne distinguant aucun autre moyen de faire cesser la folie dont elle avait été à l'origine, la Tuatha De à la rouge chevelure se résigna à se conformer à cet arrangement. Le Seigneur à l’œil unique pour qui cette victoire était bien plus qu'une revanche sur Morrigan, mais surtout, mon jeune ami, l'occasion de blesser Dagda, éclata d’un rire qui secoua la terre médiane à la manière du tonnerre.

Avide de savourer le résultat de sa ruse, il s'empressa d'envoyer des émissaires Formoirés à Brug Na Boyne, ainsi que dans toutes les cités Tuatha De Danann. La vanité d’annoncer que Morrigan le rejoignait sur ses terres afin de le prendre pour époux voila les terres du souverain Formoiré d’une couche de nuages si sombre que la nuit y résiderait en permanence. Oui mon enfant, des changements bien sinistres commençaient à affecter Nemedia de signes funestes…