Demata !
J'avais décidé de vous parler de celui que l'on nomme le Posséidon Celte, le dieu des mers qui chevauche sans fin les plaines ondoyantes de l'océan avec son équipage dont les chevaux sont de vagues et d'écume. Erwan Seure Le Bihan qui justement venait de présenter son illustration inédite et ô combien magnifique m'a devancé, aussi je préfère laisser parler l'artiste en vous laissant découvrir sa passion légendaire. N'hésitez pas à laisser vos commentaires ou aà vous exprimer sur le Forum de Nemedia. Merci Erwan de cette passion que tu nous fais partager au travers de tes oeuvres et par le biais de tes mots, Ogma est à coup sûr penché sur toi.
Cliquer sur l'image pour l'agrandir. Propriété de Erwan Seure Le Bihan.
Salut tout le monde, je suis venu faire des petits commentaires sur mon dessin de Manannàn Mac Lir.
Avant de parler du personnage je vais parler de l'illustration en elle-même.
Il faut d'abord dire que ce n'est pas un "scan" mais une photo numérique de l'original (ce dessin est sur le format raisin c'est à dire 50x65cm en arrondissant), de plus la luminosité n'était pas parfaite. Du coup certaines couleurs passent inaperçues: quelques nuances sur Manannàn, ainsi que sur la falaise. Je voulais au départ faire la falaise totalement en contre jour et donc ne voir plus aucunes nuances, mis à part un léger dégradé du à l'éloignement, à la lumière et à l'humidité. J'ai opté finalement pour quelque chose de pas totalement uniforme, est-ce le bon choix???? Ne c'hwui on ket!!! Je sais pas!!!
Je me suis trouvé devant un autre problème, Manannàn ne ressortait pas assez du reste de l'image. il fallait bien sur qu'il reste dans les mêmes tonalités puisque c'est le dieu de la mer. J'aurais pu le traiter de la même manière que les chevaux mais alors la (selon moi) il se serait encore plus confondu avec le reste des éléments qui composent l'image. A ce stade je n'avais pas encore traité le torque et l'épée. Une fois fait le personnage ressortait suffisamment.
Voilà rapidement ce qui concerne le dessin. Passons au sujet en lui-même.
Les difficultés de représenter Mannanàn sont multiples.
Il est le détenteur du cheval primordial ou plutôt le seul cheval divin, que seul Lugh a le droit de chevaucher car il est le fils d'adoption de Manannàn. Mais ce cheval est particulier car il est sauvage, au contraire d'Epona qui représente le cheval dompté, mais les deux sont souvent vus ensemble car ils sont totalement complémentaires. On le voit bien dans le mythe gallois Rhiannon et Manawyddan.
Mannanàn chevauche la mer, dans "la maladie de Cuchulain", il apparaît à son épouse Fand qu'il avait délaissée et elle improvise un chant.
"je vois ici sur la mer,
ne le voit pas quiconque est fou
un cavalier sur la mer écumante"
Mannanàn possède un char qui glisse sur l'eau dont l'écume représente aussi les chevaux. Dans le voyage de Bran les héros croisent Manannàn, sur son char à deux roues, parcourant la plaine liquide. Il a aussi un rapport étroit avec les îles, d'où l'origine même du nom de Manannàn (île de Man). Mais ce nom est sans doute assez récent. Il a du changer au moyen age, son nom originel selon certains spécialistes, serait Nechtan. Il est fils de Lir c'est a dire de la mer elle même.
Il est créateur de sources et de lacs, il est donc aussi en relation avec les eaux douces et les eaux marines (pour les amateurs de Tolkien, ça ne vous rappelle rien???)
Il est maître des ordalies. les indo européens pratiquaient les ordalies par l'eau, les grecs en ont hérité.
C'est un navigateur et un météorologue. Dans le texte, le glossaire de Cormac, Sanas Cormaic, il est précisé : "Mannanàn Mac Lir était un merveilleux négociant qui vivait dans l'île de Man. C'était le meilleur pilote qu'il y ait eu a l'ouest du monde. Par sa connaissance du ciel, c'est a dire en regardant l'aspect du ciel, c'est a dire de l'air, il savait le moment où il y aurait du beau temps et du mauvais temps et quand il y aurait changement de l'un et de l'autre.
C'est un nourricier puisqu'il est le nourricier de Lugh, il possède 2 vaches qui fournissent toujours du lait et un chaudron (et oui lui aussi), et Mannawyddan (la version britonne) est un très bon cultivateur.
C'est un médecin.
C'est un grand guerrier, il possède une épée qui, rien qu'a sa vue, fait frémir tous les guerriers et qui tue dés qu'elle blesse. Lugh lui a aussi emprunté son armure. L'un des noms de Manannàn est Gaer, sans doute "lance". Dans une histoire il joue le rôle d'un chef de guerre qui va combattre et vaincre sur le champ de bataille.
C'est un artisan.
C'est un grand druide, on le voit dans un récit particulier faire de la théologie.
C'est un roi. Apres la victoire des fils de Mil, on appelle Mannanàn à la Grande Puissance qui disperse les Tùatha Dé dans les Sidhes, plaines et collines. Il apparaît donc comme le dernier roi des Tùatha Dé Dànnan.
C'est un dieux coureur de jupon.
C'st un éducateur.
C'est un constructeur. Mannawyddan construit une forteresse.
C'est un maître de l'outre monde.
C'est un amateur de banquet.
Il fait des enfants nés adultes.
Bref voilà grosso modo qui est Mannanàn fils de la mer. Donc maintenant vous mixez tout ça et vous en faites une illustration qui respecte totalement le personnage, enfin si vous voulez.
Je tenais a préciser toutes ses choses pour vous montrer comment je travaille, je procède et ce qui est acteur de ma passion.
Erwan Seure Le Bihan
21 juillet 2006
Manannàn Mac Lir
Auteur
Helgui le Gris
à
11:35
1 avis
Libellés : Divinités celtes
08 juillet 2006
La Morrigan par Erwan Seure Le Bihan
Demata !
Je me permets de vous offrir en avant première l'une des illustrations de Nemedia. Celle-ci me touche particulièrement car c'est Erwan Seure Le Bihan (lien dans la marge de droite) qui l'a réalisée avec tout son talent, à titre amical.
Erwan est bien connu en Bretagne pour sa passion des mythes celtes et ses illustrations sont particulièrement sublimes. Vous pouvez retrouver son travail dans des ouvrages tels que le "Légendaire Celtique" aux éditions Coop Breizh, ou bien dernièrement dans un livre superbe : "Légende des pays Celtiques"
03 juillet 2006
Le Chêne de Vérité
A tous ceux que j'ai blessés... Merci Péricles.
Allongé à l'ombre d'un chêne plusieurs fois centenaire, la brise m'a soufflé ses vérités. Les paroles qu'elle n'a pas dites, le vieil arbre me les a faites comprendre, juste de son immobile majesté.
Son tronc, énorme, aux courbes toutes nouées m'a ouvert les yeux. Je suis aveugle et pourtant ce géant au feuillage hirsute m'a fait voir ses trésors cachés. Il n'est pas arrivé du jour au lendemain. D'un gland, fruit de la connaissance qui aurait pu nourrir une laie ou trois sangliers, il est apparu, puis lentement s'est extirpé.
Le souffle coléreux du vent, les flots ravageurs de mille pluies n'en sont pas venus à bout. Patiemment, pouce après pouce, il s'est développé. Il a grandi et après chaque saison, plus profondément, a enfoncé ses racines. Chacune d'entre elle a plongé dans cette terre que ses feuilles ont nourri de leur automnale putréfaction. Tous les jours, siècles après années, ces petits tentacules végétaux se sont étendus, asseyant un peu plus l'arbre dans sa splendeur. Les pièges que les pierres tendaient ont été déjoués, contournés avec une patience toute sylvestre.
Les branchages se sont déployés, révélant leur manteau d'émeraude à la parure sans égale, couvrant le sol d'une ombre bienfaitrice. Chaque ramure a pris le temps de s'étendre, un peu plus loin sur les côtés, un peu plus haut vers le ciel, offrant leur solidité aux pies, leur amitié aux pigeons et aux corneilles.
Le tronc est tordu, d'un diamètre admirable, veiné de myriades de sillons qui content l'histoire du monde. Combien de générations sont passées devant ce magistral titan ? Combien de couples se sont aimés sous ses bras accueillants et protecteurs ? Combien de cerfs et leurs compagnes au pelage si doux sont venus s'y frotter ?
Je ne le sais, je ne saurai l'imaginer. Ce que je sais c'est que ce vénérable vieillard m'a parlé. Il ne m'a rien dit, il m'a juste fait comprendre. Il est là, il est beau et fort, robuste comme un menhir de bois qui chante sa douce complainte sous la lune, les étoiles, et subit la caresse du soleil. Maintenant je sais que ma vanité fait de moi un être misérable, sa splendeur est là pour me le rappeler. J'ai compris quelle créature méprisable je suis, couvert d'orgueil alors que lui est une parure divine sans lest de suffisance inutile. Merci à toi l'arbre, merci à toi, ô Chêne de Vérité.
Oui, c'est bien vrai, cet arbre est sacré, les Druides y ont cueilli le gui, les assassins et les brigands y ont été pendus après que les rois, à ses pieds, aient rendu justice. Aujourd'hui je fais amende honorable, je suis coupable. A tous veuillez excuser la bêtise et la méchanceté, j'étais aveugle, j'étais sourd. Maintenant, agenouillé devant ce souverain à la couronne de jade, sans attendre de pitié, j'implore votre pardon.
Nemedia, la force d'une équipe.
Demata !
Tout d'abord merci à tous ceux qui nous ont contacté par le biais de ce blog, sur le forum ou par e-mail pour nous faire part de leur soutien. A vous tous, le message de l'équipe de Nemedia est le suivant : Nous ferons tout ce qui est humainement possible pour vous satisfaire et produire cette seconde version de Nemedia pour laquelle nous avons travaillé sans jamais douter du résultat. Il est temps de tourner une page et grâce à vous cela se fait avec la joie et la bonne humeur.
Illustration : Manannan Mac Lir Par Yo
Tel Manannan Mac Lir émergeant des flots de ses plaines ondoyantes, nous regardons vers l'avenir et nous sommes déjà à pied d'oeuvre pour bientôt vous présenter un petit kit d'information en pdf pour vous dévoiler quelques pages de la seconde version de Nemedia. Illustrateurs, auteurs, testeurs et correcteurs, tous ensemble nous aiguisons nos armes et faisons reluire nos parrures guerrières, la Compagnie Libre a subi une défaite mais ce n'est que pour mieux gagner ce combat que nous avons entamé pour vous livrer un jeu épique qui devrait, nous l'espérons, vous ravir.
Auteurs : Groumphillator et Pyromago pour les règles et scénarios
Geoff pour le backround
Illustrateurs et maquettistes : Gildas Javelle, Yohann Lelay et N@r
Spécial feat : Erwan Seure LeBihan Illustration à titre amical de Morrigan pour soutenir le projet
Correcteurs, relecteurs : Dulkera, Aede, Arius et Jujube de la revue OutreMonde et bien entendu Pak de Zoubaoum le blog ludique
24 juin 2006
Finalité de Nemedia
Demata !
Chers amis, c'est avec beaucoup d'amertume que je vous annonce la nouvelle suivante. Nemedia est à ce jour pratiquement achevé après six mois de travail intense d'une équipe merveilleuse aux talents multiples et indéniables.Toutefois Nemedia ne verra pas le jour chez Iceberg, cette société rencontrant des problèmes financiers, elle n'est plus à même de pourvoir aux besoins liés à la publication de notre projet, ni même de poursuivre son activité "jeu de rôles".
Qu'à cela ne tienne, très bientôt, l'équipe complète de Nemedia sera en mesure de vous annoncer de bonnes nouvelles. Les échecs ne sont que des pierres dont on bâtit les solides murs de l'expérience, la qualité de notre travail étant professionnelle, nous ne doutons pas de trouver un autre éditeur, même si cela doit prendre du temps. Bien évidemment si vous avez des propositions à faire, n'hésitez pas à me contacter par e-mail via le bouton dans la marge de droite
A ceux qui rient, je leur dis merci, car c'est grâce au sarcasme que nous renforçons nos convictions.
A Iceberg, je crois que j'ai tout dit, je ne souhaite pas de polémique, qu'ils tracent leur chemin et que les auspices leurs soient favorables, un jour peut-être tireront-ils les enseignement de leurs erreurs, on ne peut que les inviter à apprendre ce qu'est le respect d'autrui...
A tous nos contributeurs et amis, nous renouvellons notre amitié pour leur fidélité.
Helgui, Ard Ri de Cornouaille qui sait que c'est lors des combats les plus désespérés qu'il faut se montrer le plus vaillant.
06 avril 2006
Diancecht, dieu de la médecine.
Demata !
Après avoir parlé de Morrigan, Lugh, Oghma, je vais traiter aujourd'hui d'un dieu celte qui n'est pas assez évoqué à mon sens. Personnifiant l'habileté et l'ingéniosité, Diancecht est le dieu de la médecine, dieu guérisseur, dieu de la vie.
Diancecht est un des membres de la tribu de Dana, un Tuatha De Danann. Sa connaissance de la médecine est si importante qu'il est capable de redonner la vie aux défunts après avoir plongé leurs corps dans un puits de guérison, sorte de fontaine aux propriétés magiques que l'on pourrait comparer au Chaudron du Dagda. Ce puits de guérison est d'ailleurs mentionné à plusieurs reprises dans les récits concernant la bataille de la Moy Tura. Il est dit que les morts y étaient baignés et que le lendemain, les troupes Tuatha De Danann étaient toujours aussi nombreuses et les guerriers les composant, vifs et en aussi bonne santé que s'ils n'avaient jamais été blessés. A cet aspect particulier de la médecine, il est bien évidemment impossible de ne pas associer la magie. Toutefois, c'est aussi une image de l'efficience absolue des médecins Celtes, ils connaissent des remèdes et des potions dont les propriétés curatives sont si efficaces que le commun des mortels les encense au point de les déifier.
Notons que la virtuosité de Diancecht est principalement mise en avant grâce à la prothèse en argent qu’il réalise pour remplacer le bras de Nuada. Encore un aspect important de la médecine chez les Celtes, là il n’est pas question de plantes et de potions, il s’agit de chirurgie et de la mise en place d’une prothèse !
Diancecht a plusieurs enfants : Cian, le père de Lugh, Oirmiach, une fille Airmed et un troisième fils, Miach. Ce dernier va se montrer plus habile que son père et greffer un bras à Nuada. Jaloux de cette réussite prodigieuse, Diancecht va tuer Miach de trois coups d’épée dans la tête. Sur la tombe de Miach pousseront ensuite 365 plantes que sa sœur Airmed classera et répertoriera.
Un autre récit, bien moins connu, fait aussi mention de l’intervention de Diancecht, et pas dans la moindre des conditions, car le dieu de la médecine sauve l’Irlande. Morrigan donna naissance à un enfant qui était si horrible que Diancecht décida qu’il valait mieux le tuer que de le laisser en vie. L’enfant fut tué et Diancecht trouva dans son cœur trois serpents. Les trois créatures, si elles avaient vécu, auraient détruit l’Irlande aussi Diancecht les détruisit et les brûla. Leurs cendres furent jetées dans la Boyne dont les flots entrèrent aussitôt en ébullition.
Auteur
Helgui le Gris
à
13:18
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Libellés : Divinités celtes
26 mars 2006
Au sujet des "Chauves" créatures Ombreuses
Demata !
Aujourd'hui, un court extrait provenant du bestiaire. Une de mes créatures favorites : le Chauve. Drôle de nom pour une saloperie qui l'est nettement moins, vous pouvez me faire confiance.
16 mars 2006
Les Geis, interdits sacrés
Demata !
Comme vous avez pu le remarquer si vous visitez régulièrement les Contrées Chimériques Celtiques, depuis quelques temps je n'avais pas posté de nouvel article. Je tiens à m'en excuser, car je sais que vous êtes nombreux à passer, et j'aime vous proposer textes et articles de façon soutenue. Pas d'excuse valable si ce n'est le fait que j'étais en la perfide Albion pour affaires personnelles en compagnie de ma tendre et chère Joanne. Ceci dit j'ai fait quelques emplettes dans les échoppes de livres d'occasion locales et j'ai ramené quelques petits trésors qui viendront se greffer à mes inspirations pour Nemedia, mais ceci je vous en reparlerai dans un article spécial...
Aujourd'hui pour reprendre l'activité de ce blog, je vous propose un petit article sur les Geis, des interdits sacrés que prononçaient les Druides à la naissance d'individus pressentis pour un destin hors du commun... Bonne lecture.
Qu’est ce qu’un Geis ?
Le Geis est un serment lié à la parole. Il désigne un interdit qui peut être négatif, sens d’interdiction, ou positif, sens d’obligation. Le Geis a force de loi. Il s’adresse principalement au roi et aux membres de la classe guerrière et recouvre l’ensemble des activités de la vie quotidienne. Cependant les membres des autres castes peuvent aussi recevoir un Geis à leur naissance. Lorsqu’un Nemediant s’en voit attribuer un à la naissance, c’est généralement qu’il a été pressenti par un Aes Dana au cours d’une divination pour accomplir une prophétie ou une mission particulière.
L’obligation ou l’interdiction vise à éloigner l’élu de la cause qui l’amènerait à ne pas réaliser la prophétie dont il a fait l’objet. C’est en quelque sorte une protection contre un motif possible d’échec à l’accomplissement du destin qu’ont décidé les dieux pour lui. Il est perçu par la majorité des celtes comme un charme ou une menace, un défi qu’on ne peut transgresser sous peine de danger mortel tant pour l’individu que pour l’ensemble de la communauté.
Le Geis permet aussi à la Caste des Aes Dana d’affirmer sa puissance sur les autres castes. Mais le Geis contribue principalement à enseigner l’humilité. Se conformer à un interdit, c’est montrer sa force de caractère en toute circonstance même si la décision prise n’est pas comprise de tous. Paradoxalement, bien que ce soit les Aes Dana qui soient garants de la désignation et du respect des Geis, ce sont usuellement les Sagesses du Tuath qui se chargent de les lancer aux nouveaux nés.Hormis à quelques exceptions, l’ensemble des élus ayant reçu un Geis à leur naissance, le respectent et l’accomplissent de peur de s’attirer des malédictions dont l’aboutissement contribuerait à conduire tout droit leurs âmes en Cythrault sans autre forme de procès. La civilisation Nemediante étant régie par l’honneur, le fait d’accomplir ses Geis sans tenter de s’y soustraire apporte de la Notoriété. Cette notoriété est aussitôt traduite par les Marqueurs qui officient sur le corps des Gaiscedachs, chacun usant de la méthode rituelle de son peuple.
28 février 2006
Océan impitoyable
Demata !
Aujourd'hui je vous offre un petit texte d'ambiance qui m'est venu à l'esprit et que j'ai rédigé pendant l'heure du déjeuner. Il fait suite aux textes que j'écrivais pour le background du peuple Gaël, j'espère qu'il vous plaira.
Les doigts invisibles et acérés des dieux sauvages de l’est lointain et glacial passent dans ma chevelure, leur force persistante gonfle les voiles de notre fier navire, avec fougue et entrain. Ils portent le message d’une victoire que nous arracherons à nos ennemis avec fureur, toute notre détermination enflant à mesure que les vagues coléreuses nous portent vers les des cieux nouveaux. Les embruns fouettent ma peau à la façon de mille lanières mordantes que Manannan lancerait d’un bras animé par la désinvolture méprisante d’un dieu se riant des faibles. Je suis pris de frissonnements, les griffes acérées et fugaces de mon ardeur guerrière sont autant de signes de cette impatience haïe et pourtant si naturelle chez nous les loups de Tyr Bam Radon. Je n’ai pas froid et pourtant je grelotte, mes dents s’entrechoquent comme mon instinct primitif refait surface. Mon corps vibre comme la corde tendue d’un arc, à la perspective du pillage, perspective d’un combat foudroyant qui ne durera qu’un instant, à peine le temps d’un orage en pleine mer. Le sang bouillonne dans mes veines à la façon de mille torrents de lave, répandant la haine de centaines de générations de Gaëls qu’aucun adversaire aussi puissant soit-il, n’a jamais pu stopper. Mes compagnons de toujours, ma horde aux lames noires et coupantes tel le blizzard d’Hyperborée, trépignent, ils n’en peuvent plus de cette attente insupportable. Les ondulations de cette chevelure d’azur et d’écume rageuse nous secouent rudement, tentant en une mutinerie ingérable de nous faire passer par-dessus bord, de nous happer de ses défenses liquides et gourmandes. Elle nous incite à plus de prudence, annonçant le tourbillon rougeoyant de la tourmente à venir, nous rappelle que le fil qui nous retient sur cette terre mouvante peut être sectionné en un battement de paupière. Le vent souffle ses bourrasques rageuses, chassant les nuées qui masquent l’horizon, la mer s’enfle en une plaine émeraude animée de la vigueur d’innombrables destriers écumant, et dont le grondement des sabots de tonnerre me déchire les tympans. Je serre un peu plus mon glaive, d’une poigne affermie par la joie simple de savoir que bientôt il tranchera et fendra les chairs de mes ennemis, comme la proue effilée de notre serpent des mers à l’assaut des flots. Ca y est, je les vois ! Ils sont à quelques cordes devant nous, minuscules et impuissants, je sens déjà que la brise froide m’apporte l’odeur de la peur qui leur noue le ventre. J’imagine l’effroi qui les envahit à mesure que notre dragon des océans fond sur leur coque offerte. L’offrande aux dieux oubliés des plaines ondoyantes va encenser l’honneur de mes frères, et nous assurer une place de choix, à leurs côtés, lorsque le moment sera venu de chevaucher tous ensemble, telle une meute de loups, dans la vallée sans fin de la jeunesse éternelle.
Les cordes sont lancées, les grappins enfoncent leurs serres de métal dans la chair de bois tendre de l’esquif adverse. Nos coques se heurtent, nos muscles tendus et douloureux nous catapultent de leur puissance féline sur le pont de cette proie que nous avons traquée depuis tant de lunes. Ma gorge me fait mal tant je hurle ma fureur, en inondant ce navire de toute ma rage. Mon hurlement est lame qui fouaille, acier qui pénètre et tranche, il est sauvagerie primitive du lion qui sait qu’il n’a rien à perdre. Le combat fait rage, je croise des yeux où se reflète mon image, en un tourbillon virevoltant de métal et de sang. Les os craquent, les membres amputés, tels des oiseaux sans perchoirs, volent dans des gerbes purpurines aux reflets scintillants. Mon glaive chante sa joie effroyable, en dansant comme un démon qui tue, et reprend sa mélopée en sifflant, sans cesse. Un voile carmin se glisse devant mes yeux, ma gorge est sèche et pourtant je sens la salive qui s’écoule en flots tièdes dans ma barbe tressée, cascadant sur mon torse vibrant. Nous sommes cinquante à entamer cette sarabande infernale dont les draps de satin vermillon recouvrent le sol que nos pieds foulent avec la légèreté de la plume. Frères de mort et de carnage, nos haches et nos épées se fraient une voie royale vers un butin que nous désirons à n’importe quel prix. La compagnie sombre des faucheurs de vies moissonne et taillade en entonnant la mélopée funeste des dieux sauvages qui nous ont engendré. Ni casque, ni cuirasse ne peuvent stopper notre acier déchaîné en un torrent de colère, explosant avec la vivacité et la force de dix ouragans. Il n’y a pas de pitié dans nos regards, gris comme les nuages des basses terres Gaëlles, seulement la folie et l’amour de la victoire, la victoire qui dans nos cœurs brille tel un joyau noir de désir insensé. Cet amour, nous le vivons à l’unisson, virils conquérants sans peur des contrées inconnues ou oubliées. Je saute et virevolte, ouragan dévorant de mes injures et de mes rires incontrôlés, l’acier des mailles impuissantes à protéger ces corps que je déshonore de taille et d’estoc. Je sens la morsure du fer sur mon flanc, la sève qui s’écoule de cette plaie dont je n’ai cure, et encore plus de brutalité dans les coups que j’assène. La mort m’entoure, elle est partout, amante insensible de ce pont où elle enlace des ses ailes chaudes et grises les victimes de notre rage. La mort plane, plonge, prend le rythme du mouvement des vagues, de nos haches et de nos glaives, elle hurle, jubile, prend son tribut, puis dans un regret sans remord repart vers les cieux en un souffle glacé. Le bois du pont est glissant de cette pulpe cramoisie et gluante qui enserre aussi nos mains et nos bras de sa viscosité chaude, telle une seconde peau, épiderme rouge mêlant nos sangs ennemis. Les braves tombent, mon crâne saigne, les autres supplient en pleurant, et d’une foi mal appropriée prient leurs dieux absents de cet océan nébuleux. Puis le calme revient. Le roulis est là, qui nous berce comme une mère attendrie et émerveillée de tant de combativité. Le tangage lent et grinçant de la nef de sang nous ramène à la réalité d’une quiétude qui domine de sa grâce divine tous les champs de batailles. Ca y est, tous sont morts, les râles d’agonie remplacent les cris de terreur que nourrissait le feu de notre acier insatiable. Des frères sont morts, d’autres ne vont pas tarder à les rejoindre, pour finalement embrasser en une étreinte funeste et sans concession nos valeureux ancêtres. Ensemble ils boiront l’hydromel qui coule en de doux flots ensoleillés, dans la verte prairie du Sidhe, attablés au festin des héros, avec tous les braves de notre race. L’heure est venue de quitter ce navire brillant de sang et brûlant des flammes vigoureuses que nous offrons en un hommage respectueux aux défunts. Les plaines ondoyantes nous attendent, notre vie n’est que carnage, pillage et aventure au creux des vagues, les oiseaux marins nous remercient pour le tribut que nous leur laissons, flottant dans une aura vermillon indiquant que la vie est un combat sans fin.
Les doigts invisibles et acérés des dieux sauvages de l’est lointain et glacial passent dans ma chevelure, leur force persistante gonfle les voiles de notre fier navire, avec fougue et entrain. Ils portent le message d’une victoire que nous avons arrachée à nos ennemis avec fureur, avec gloire et sans remords.
19 février 2006
Un aperçu de la mégalomanie Elcmariane
Demata !
Nous avons vu que Nemedia est un monde barbare, tant par ses peuples aux coutumes tribales d'un autre âge, que par la violence qui semble régir toute relation. Six peuples humains, dont les fondateurs ne sont autres que les Fils de Nemed, le Premier Homme, sont établis sur tous les territoires connus des terres médianes : Les Gaëls, les Cornics, les Sigoles, Les Northlanders, les Otrybes et les Elcmarians.
Les Elcmarians sont certainement les individus dont la civilisation est la plus avancée, et la société la plus étonnante par son développement. Toutefois, le confort de la civilisation, et la situation géographique les séparant du continent et de du combat pour survivre au quotidien ont amené les Elcmarians, au cours des siècles, à se détacher des réalités. Prisonnier d'une civilisation où la luxure est omniprésente, ce peuple se considérant comme la race supérieure a dérivé dans les brumes des paradis artificiels. Le culte de l'Empereur divinisé est le fondement même de la politique et de la religion régissant la vie des cruels Elcmarians, bercés par les rêves de conquêtes, afin d'assouvir leurs plus vils instincts sur ceux qui par malheurs seront asservis par leurs troupes.
" Depuis longtemps déjà, l'état de paix paraissait insupportable aux Elcmarians. Ils devaient se contenter de leurs ressources propres, alors qu'ils étaient accoutumés à vivre aux dépens d'autrui et que leurs besoins devenaient considérables. La cause en était cette avidité naturelle dont ils étaient les esclaves, celle qui les faisait vivre continuellement comme des fauves en quête d'une proie, ne reconnaissant personne comme ami, considérant tout le monde comme ennemi. "
Ce petit extrait devrait déjà vous donner une idée de la mégalomanie excessive du peuple d'Elcmar. Cependant, un petit descriptif de la salle du trône, sise dans la capitale Ouranos, devrait vous éclairer un peu plus quant à la fantasmagorie régnant en cette île maudite.
"La salle du trône atteste encore de la mégalomanie évidente des Elcmarians. Afin d’affirmer davantage encore l’esprit divin censé l’habiter, Elcmar fit ériger une statue de bronze à son effigie. L’idole est assise en tailleur, ses coudes sont appuyés sur ses cuisses. Les mains reposent solennellement l’une sur l’autre, paumes ouvertes tournées vers le ciel. Elle est haute d’une corde et s’étale sur presque autant en largeur. Mais si cette représentation massive de l’Empereur te semble disproportionnée, ce n’est rien quand tu sais qu’il s’agit en fait de son trône ; une place est aménagée dans la paume de ses mains, pour qu’il s’asseye et domine ainsi l’assemblée de toute sa hauteur.
D’ingénieux conduits sont disposés face à ce siège d’airain pour que les paroles de l’Empereur s’amplifient et sortent de la bouche de la statue. Je te laisse imaginer un instant quelles sensations devaient éprouver les interlocuteurs du suzerain lorsque ce dernier s’exprimait, sa voix gonflée plus de dix fois en un écho repris par les voûtes de la salle. Un système dissimulé de rails et de poulies entraînées par des rouages complexes permet, lorsque l’Empereur le désire, que la statue se déplace. Ainsi, actionné par près de cinq cents esclaves, ce mécanisme meut l’idole impériale qui peut traverser la salle du trône pour s’ériger, impérieuse, devant la foule amassée sur le parvis extérieur. Elle peut également bifurquer sur la droite, et en passant de l’autre côté d’un pan de mur amovible, prendre place dans une tribune dominant la nef du temple.
Sur les flancs de cette salle du trône aux proportions insensées, sont encastrées des dizaines de cages dans lesquelles sont exposés les trophées vivants de l’Empereur. Oui tu m’as bien entendu, des trophées vivants ! Pour la plupart, ce sont des Mendjis, souvent des nobles Elcmarianes que l’Empereur a asservies pour son bon plaisir et aussi pour assouvir son instinct pervers de domination. Mais il y a aussi des prisonniers de guerre que les officiers des légions impériales ont ramenés et offerts à leur monarque, tribut humain prouvant leur dévotion ineffable. La plupart sont les chefs de clan ou les héros de Tuaths écrasés par l’armée, lors de leurs incursions sur le continent.
Selon son humeur, le suzerain s’amuse avec ces jouets de chair, les humiliant ou, si l’envie lui en prend, les torturant. La salle du trône a été agencée à la façon d’une gigantesque clairière vallonnée dont les parties distinctes sont composées d’éléments naturels. Ainsi, plusieurs tonnes de terre ont été apportées et répandues à même le sol afin de donner du relief. Rocs et arbustes ont été plantés à la convenance de l’Empereur, en un jardin paradisiaque et mystérieux. Les plantes grimpantes serpentent en entrelacs verdoyants le long des colonnes de marbre. Les glycines et les lotus cascadent en rideaux ravissants et frais, répandant de délicates effluves qui se mêlent aux senteurs épicées de l’encens brûlant dans des vasques en airain. Pour parfaire l’illusion, plusieurs variétés d’animaux vivent en ce jardin fascinant, et y évoluent en toute liberté. En cela, vois le paradoxe si cher aux Elcmarian, le raffinement et la beauté dans un lieu où les pires atrocités sont commises. Ainsi, mon jeune ami, tu peux te figurer les suppliques et les hurlements des victimes soumises aux tortures au milieu de cette ambiance bucolique égayée du chant des oiseaux voletant d’arches en corniches…"