02 janvier 2006

Bloavez Mad !

BLOAVEZ MAD !

Et bien c'est avec grand plaisir que je vous souhaite tous mes voeux pour cette année 2006 !

Pas très original, mais bon, on fait ce qu'on peut hein ? Espérons que cette nouvelle année vous apportera son lot de bonheur, de travail, d'argent et bien entendu tout ce que vous pourrez souhaiter. Hum, j'ajouterai, santé avant tout les amis !

Pour ma part, cela va plutôt bien, du travail j'en ai à revendre. Nemedia avance plutôt bien et prend la tournure que je souhaitais lui apporter. Les textes sont... vraiment plaisants. Les illustrations sont alléchantes à souhait. Nous venons avec Yo et Gildas de tomber d'accord sur le design du nouveau logo de titre dont j'avais crayonné quelques esquisses. Enfin vous verrez, je crois que ça devrait vous plaire... Petit mélange de lettrage bien celte retravaillé avec un soupçon d'heroic fantasy, plutôt, hmm parlant.

Ce qui sans transition me fait passer à cette petite information vraiment plaisante. Je vous avais parlé du "Livre des invasions" de Jim Fitzpatrick et de Slaine, bien entendu. Deux de mes inspirations majeures s'il en est. Et bien Patt Mills le talentueux créateur de Slaine revient à la charge et déjà je me frotte les mains à l'avance en songeant au bonheur que j'aurai de découvrir le premier volume de ce qui devrait être une mini série intitulée "Book of invasions" dont voici déjà un aperçu de la couverture.



30 décembre 2005

l'ère des hommes

Demata !

En cette veille de fin d'année, j'ai envie de vous faire partager un extrait de Nemedia, les sentiers d'Avallac'h. C'est juste en finissant de le rédiger que je me suis dit qu'il était tout à fait d'actualité et correspondait à ce changement d'époque que nous vivrons tous demain. Chacun en tirera ses propres conclusions...



De la séparation des hommes.
La colère de Bran avait ébranlé la terre médiane et, même avec son départ, les éléments continuèrent de se déchaîner. Conscients qu’il n’était plus possible de résider dans leurs cités d’antan, les nobles enfants de la race des hommes se réunirent.

Nemed trônait en père vénérable ; face à lui ses fils aînés qui dorénavant étaient tous à la tête d’une branche bien distincte de son peuple. O, mon enfant, comme ils étaient magnifiques tous ces fiers seigneurs. Il y avait Badra le Secret dont on ne s’apercevait qu’il était là uniquement lorsqu’il ressentait le besoin de le faire savoir. Près de lui, Sengann à la noire épée au sang bouillonnant et à la parole incisive. Et aussi Cormac le voyageur qui avait établi son royaume au milieu des plaines de Manannan auquel il vouait une amitié sans borne. Inapprivoisable et renfrogné siégeait Slaine l’opiniâtre qu’aucune situation ne faisait revenir sur ses décisions quoiqu’il lui en coûte. Près de lui, querelleurs mais inséparables, Elcmar l’arrogant connu de tous pour sa jalousie et Conan le circonspect dont la prudence était illustre. Quelques Tuatha De Danann étaient là aussi, les premiers nés, car ils avaient encore de l’amour pour les humains même s’ils ressentaient de l’amertume. Les autres Tuatha De, plus jeunes, avaient préféré se détourner de la race maudite qu’ils considéraient comme responsable de tous les malheurs survenus.

Ainsi, l’inquiétude et l’angoisse gouvernaient cette assemblée fabuleuse dont les spectres des disparus hantaient chaque membre. Pour beaucoup, il n’était pas question de demeurer sur le territoire que la fureur de Bran avait marqué de son courroux. Le déchaînement des éléments poursuivait son œuvre destructrice en écho à ce qui semblait être une damnation sans fin. L’avis d’aller vers des cieux nouveaux en quête de contrées plus accueillantes afin de recommencer une vie nouvelle n’était pas général. Le désaccord quant aux directions que chacun voulait suivre leva le voile sur l’ambition individuelle. Les litiges opposant les enfants de Nemed virent s’étioler la magie de la fraternité et bientôt, mon enfant, la discussion fit place à des joutes verbales acerbes.

Les Premiers nés écoutaient chaque argument avec détachement, n’intervenant que judicieusement pour raisonner les propos les plus immodérés. Mais les humains habités par l’effroi, mon jeune ami, n’écoutaient que leur cœur et non la sagesse des enfants de l’aurore. Les Tuatha De Danann, bien qu’ils usaient de diplomatie, ne réussirent pas à se faire entendre. Alors chacun des fils de Nemed quitta le conseil, car aucune parole n’était à même de changer la décision que chacun avait déjà prise. Le temps de l’émancipation était venu ; le sort des hommes était écrit, leur détermination venait de le sceller. A cet instant, la terre médiane se mit à trembler encore plus fort, les cieux s’assombrirent et le tonnerre gronda avec tant de puissance que les merveilleuses cités Tuatha De Danann se disloquèrent.

Dieux et hommes, malgré le vent et la tempête, entendirent distinctement cette complainte qu’entonna Morrigan :

« Que les étoiles vous bercent,
O héros De Danann,
Nul plus jamais ne verra vos pareils.

Contemplez la terre médiane
La terre verte qui est vôtre,
Payée de votre sang et de votre vaillance
Dans une gloire mythique.

Que la paix règne en vos cieux
Et qu’elle règne sur le Sidhe,
Qui désormais sera votre exil
Car ici prend fin votre règne. »

26 décembre 2005

Solstice d'hiver

Demata !

Et oui, cette fin de mois de décembre voit Noël et les célébrations qui y sont liées embellir de sapins, de guirlandes et de bonshommes rouges à barbe blanche cette période faiche que tous les enfants attendent avec impatience. Pour les catholiques et beaucoup de peuples qui suivent des traditions proches, c'est la nativité, et bien entendu le Père Noël, Santa Claus etc. Remontons un peu le temps et projetons-nous bien des siècles en arrière...


Les peuples préhistoriques adoraient la lumière et ils avaient construit des temples qui aidaient à comprendre l'arrivée des saisons pour les premiers agriculteurs européens, les hommes du néolithique.

Dans le temple mégalithique de New grange en Irlande, la lumière du soleil ne rentre que le jour du solstice d'hiver, le 25 décembre.

De même dans le temple de Stonehenge en Angleterre, le soleil ne se lève dans une pierre percée que le 21 juin, jour du solstice d'été.

Les Celtes faisaient de grands feux aux solstices pour lutter contre les ténèbres. Ils avaient très peur de ces périodes sombres avec le jour plus court mais en même temps, ils savaient que le soleil allait réchauffer le sol et les plantes.

Au 6ème jour qui suivit le solstice d'hiver, notre 1er janvier, ils coupaient en grande cérémonie le gui sacré qui montrait que la nature revivait sur les chênes qui semblaient morts ; le druide criait alors:
"o ghel an heu!" qui signifiait "que le blé lève" et qui est devenu "Au gui , l'an neuf".



23 décembre 2005

Trois fois quatre saisons

Demata !


Je vous laisse découvrir un petit texte qui illustre le retour d’un brave au sein de son village après une longue quête. Juste l’illustration de l’humilité d’un homme après de nombreux sacrifices pour laver l’honneur des siens.

"Trois fois quatre saisons sont passées depuis mon départ de Kerroc’h des deux rivières.

Aujourd’hui je reviens après tout ce temps durant lequel je n’ai fait que mon devoir de Gaiscedach. Je rentre chez les miens, fier d’avoir mené à bien ma quête, quoi qu’il m’en ait coûté.

Sensation étrange que de fouler à nouveau le sol du territoire de mon clan. Les braves qui m’ont accueilli n’étaient que des enfants lorsque je suis parti. Beaucoup de mes frères ne sont plus là non plus, ils doivent avoir rejoint nos ancêtres dans les jardins fabuleux des dieux. Je prie Dagda et Dana de leur accorder la joie éternelle. A leur famille je ferai don d’une bonne moitié de mon butin, pour leur montrer le respect qui leur est dû, car tous ces enfants de mon Tuath étaient les frères avec qui j’avais grandi.

Le Tuath s’est agrandi, je vois que de nombreuses demeures arborent les trophées de victoires auxquelles je n’ai pas eu le bonheur de participer. Les troupeaux qui paissent l’herbe grasse de la vallée prouvent que notre village est prospère. En cela je suis heureux et à notre Druide j’irai offrir trois fois trois de mes esclaves. Car il faut encenser les Aes Dana pour que toujours ils montrent à notre peuple la voie à suivre. Car sans l’esprit de nos sages, le village ne bénéficie pas de la bonté des dieux. Car sans les dieux, les hommes ne sont rien…

Mes fils ont grandi et, bien que ma fière compagne libre n’ait cessé de leur parler de moi chaque jour, ils ont eu du mal à me reconnaître. Le poids des ans nous a marqué de ses stigmates, les rides qui sillonnent mon visage se mêlent aux cicatrices, vestige des nombreux combats que j’ai menés. Je remercie Morrigan de m’avoir protégé. Pour sa bienveillance je lui fais offrande de trois chevaux, de trois porcs et de trois lames en acier que j’ai prises à mes ennemis. O Morrigan je te vénère, ma vie est tienne.

La mine de mon chef, Kasuvalios est souriante, à la vue de mon retour. Je sais quelle joie il éprouve à me voir et quelle tristesse l’accable. Car sur neuf que nous étions, je suis le seul à être en vie. Car la mort a prélevé son tribut, huit de mes frères, courageux et plein de fougue ne reverront pas les leurs… Mais leurs familles peuvent être fières, car pour une cause juste, leur mort n’a pas été vaine.

Kasuvalios, voici la tête de ce traître que nous avons traqué toutes ces années. Voici le trophée par lequel la honte peut dorénavant quitter nos épaules. Regarde en face celui qui a violé ta fille. Voici la réparation à l’affront que tu as subi, Ô mon chef.

Maintenant que ma quête a été accomplie, je te laisse, je retourne à mes champs. Car le temps de la vengeance est pour moi fini. Car la terre a besoin de mon amour, pour qu’enfin je puisse à nouveau l’ensemencer et nourrir les miens. En cela je vénère tous nos dieux et je remercie Dana."

16 décembre 2005

La réalité Celtique de Nemedia dans la chimère

Demata !

Il est vrai que souvent lorsque je parle de Nemedia, je fais référence à la Chimère. Une petite explication s'impose.

Si j'ai choisi pour appellation "Jeu Chimérique Celtique", c'est que je voulais différencier le genre de celui très répandu qu'est le médiéval fantastique. Ce n'est pas que je n'aime pas ce style, bien au contraire, mais il est important de distinguer ce qui n'est pas semblable !

Nemedia peut être traduit (c'est même un anagramme) par Terre médiane, terre du rêve. Pourquoi ? Tout simplement car cet univers a pris pied dans une réalité onirique, dans le songe du Créateur. Il est donc normal que ce soit un univers alternatif qui ne colle pas à la réalité historique. Il s'en inspire, mais comme tout rêve, il subit des changements que l'on ne peut expliquer, des altérations dont la logique n'est vraisemblablement pas la notre, mais qui sont régies par les lois de la Chimère.

Nemedia est loin d'être un jeu historique, déjà car ce n'est pas un créneau qui m'intéressait en tant qu'auteur, d'autres sont bien plus à même de faire correctement ce qui m'aurait vite fatigué.





Même si mes inspirations sont pour beaucoup basées sur les légendes celtiques, c'est indéniable, le véritable esprit Nemediant est plus proche de l'épopée de sword & sorcery sombre, violente et barbare. L'homme est un prédateur pour l'homme, les créatures et les forces mystiques sont terrifiantes.




Mais pour en revenir à la chimère, je vous livre ici le début d'un des textes de la version nouvelle qui devrait vous en dire un peu plus...


Bien entendu, tu sais ce qu’est un rêve ? Oui, j’imagine, car tout le monde fait des songes… Lorsque nous rêvons, notre esprit quitte son enveloppe corporelle et voyage à travers des sphères aussi nombreuses que variées. Chacune de ces sphères est en fait une réalité qu’une personne a créée avec ses souvenirs, ses joies, envies, fantasmes et peines. La Chimère est l’ensemble de ces réalités. Je suis une partie de la Chimère ; c’est elle qui m’a insufflé l’infime parcelle de magie nécessaire à te trouver et te conduire en ces lieux. Avant toute chose, n’oublie jamais que la Chimère est l’essence de toute entité en ce monde. Bien qu’elle existe, Nemedia n’est toutefois qu’un songe parmi tant d’autre, il peut être amené à disparaître à tout moment si nous n’y prenons pas garde. Maintenant que je t’ai donné quelques notions fondamentales sur la réalité de ce rêve, je vais te présenter celui que tous nomment ici le Créateur. Laisse-moi te présenter Bran, celui sans qui ce monde n’existerait pas.

Il y a de cela fort longtemps, tes ancêtres vivaient sur une terre pas si différente de ce qu’est à ce jour Nemedia. Aujourd’hui, pour la plupart, vous avez oublié ce qu’était cette époque héroïque où l’on vivait à la force de l’épée pour l’honneur de son clan. C’était un âge ou l’on mourait heureux de rejoindre ses ancêtres, en sachant que ce ne serait que le début d’une grande aventure où banquets et festins seraient sans fin, au son des harpes, avec pour compagnes éternelles des créatures de rêve… C’était l’âge d’or des Celtes, celui où les hommes marchaient encore au côté des dieux. Bran était un de ces hommes valeureux et fiers que rien n’effraie, ses frères le nommaient Bran-le-Corbeau, fils de Fébal Mac Febail. Les voyages sur les mers fascinaient les conteurs Celtes, qui relataient d'étranges aventures dans des îles lointaines, celles notamment de l'autre monde où vivaient les dieux et les déesses et où les âmes venaient se reposer quelque temps avant de renaître à la vie. Bran fut certainement l’un des plus célèbres navigateurs de son époque. Il voyagea plus loin que quiconque et vécut des aventures si extraordinaires qu’il te semblerait impossible d’y croire. Mais juges-en par toi-même. Un jour, une femme magnifique apparut à Bran alors qu’il observait la magnificence de l’océan. Elle lui parla de merveilles à découvrir en des contrées situées par-delà les mers, les îles de l'autre monde. Chacune d'elles était plus grande que l'Irlande et peuplée de belles femmes qui ignoraient tout de la tristesse, de la maladie et de la mort. Le bonheur, lui chanta-t-elle encore, était le lot de tous les êtres vivant dans ces contrées fabuleuses. C’était plus qu’il n’en fallait pour que Bran ne décide de partir à l’aventure...

09 décembre 2005

Fidélité absolue

Demata !

Nemedia est une terre où bien des peuples se cottoient. Les êtres s'aiment, se déchirent se battent et meurent pour leurs convictions. Les Elcmarians ne dérogent pas à cette règle. Je vous laisse découvrir le récit qui suit...


Fidélité absolue

Un vent doux et régulier évaporait les vapeurs méphitiques du champ de bataille. Plusieurs centaines de corps étaient emmêlés dans une accolade fraternelle morbide. Dernier contact physique avant le départ de leurs esprits pour les contrées joyeuses du festin éternel, près de leurs ancêtres. L’herbe de la plaine avait pris une teinte purpurine que le soleil viendrait roussir de ses rayons jour après jour. Les charognards eux, nettoieraient les carcasses de ce qui avait autrefois été de fiers combattants. Ils ne laisseraient que des os blanchis, une forêt de membres décharnés et dressés dans d’improbables postures. Empilement d’armes brisées, de pièces d’armures rouillant avec les caprices du temps, de crânes grimaçants et obscènes, personne n’y songerait plus avec la bataille suivante.

Horaxos de Tyros détourna son regard de ce macabre paysage. Il inspira une bouffée d’air et se concentra sur la cohorte sans fin des guerriers Elcmarians qui prenait le chemin du ponant. Là bas aurait lieu la prochaine confrontation. Là bas d’autres braves mourraient, d’autres lâches fuiraient… Beaucoup de ses hommes périraient encore. L’officier impérial soupira, puis se dirigeant vers sa monture ajusta son manteau sur ses épaules, pris de frissons. L’Otarque Medox d’Ouranos l’attendait patiemment, juché sur son cheval, le torse bombé comme en ont l’habitude tous les servants d’Elcmar ; dédaigneux et conquérants. Raffermissant son assise sur sa selle, il cracha sur un corps démantibulé, près des pieds de son cheval.

- Ces chiens de Northlanders se battent comme des damnés. L’Empereur sera satisfait de savoir que ses légions ont encore vaincu. Tu peux être fier de ta promotion Horaxos, tu honores la confiance dont on t'a gratifié. Bientôt tu seras à la tête d'une légion d'Arpenteurs, si la victoire te sourit… Encore.

- Je sais cela Medox, j'en suis bien conscient. Mais j'en ai assez, je suis las de ces tueries. J'ai quitté Elcmar depuis trop longtemps… Il me tarde de rentrer chez nous et de retrouver ma compagne, de serrer dans mes bras nos enfants. L'Otarque soupira, longuement, sans se soucier du regard inquisiteur de son ami.

- N'es-tu pas fier de notre vague de conquêtes ? Les hurlements d'agonie de ces barbares ne t'emplissent ils pas de joie, lorsque nous les écorchons ? As-tu perdu la foi en notre mission ? Souffla froidement Medox les yeux étrangement plissés.

- Que veux-tu que je réponde à cela ? Bien sur que je suis fier mais…

- Mais quoi ?

- As-tu vu quel courage anime ceux que tu nommes barbares, quand à cinquante ils luttent jusqu'à la mort alors que nous sommes dix fois plus ? Même leurs femmes prennent les armes et se jettent sur nos lances en riant de nous. Quelle bravoure, quelle fierté… Quel courage, je les admire. Ils honorent des dieux oubliés, se battent nus et jamais ne renoncent…

- C'est bien en cela que ce sont des barbares, coupa net Medox offusqué des paroles de son compagnon. L'Empereur a ordonné que nous écrasions toute trace de rébellion en ces territoires sauvages, sois au moins à la hauteur de cette tâche plutôt que d'admirer ces animaux !

- Certainement Medox, certainement, tu dois avoir raison. Mais et si l'Empereur se trompait…Un corbeau croassa longuement, comme pour souligner des dernières paroles de l'officier Elcmarian. L'écho de son chant lugubre se répercuta un moment le long des parois rocheuses du défilé dans laquelle la cohorte s'était engagée. Presque un rire moqueur ampli de sarcasme et d'ironie. Plus puissant que le cliquetis des cuirasses et des armes s'entrechoquant. Plus fort que le pas cadencé des guerriers fatigués d'Elcmar.

- Comment…Ecoute, nous sommes amis de longue date, nous avons affronté de nombreux périls tout au long de ces années. Tu sais que je donnerai ma vie pour l'Empire. Tu sais à quel point tu peux compter sur moi.

- Oui mon frère, je le sais, lâcha Horaxos, le regard encore plus sombre. Je te suis reconnaissant de cette amitié et grâce à toi jamais je ne manquerai… L'Otarque ne put finir sa phrase, le glaive de son ami avait jailli dans un éclair d'acier. Froid et impitoyable. Tranchant et aveugle. La tête d'Horaxos se décolla de son tronc, dans une gerbe de sang qui éclaboussa sa monture pas même inquiétée de ce qui se passait. Indifférente à la folie des hommes…

Le corbeau croassa à nouveau. D'autres lui répondirent, puis ils s'envolèrent vers le ponant, messagers de Morrigan allant annoncer l'arrivée d'une armée. Apporter la nouvelle d'un combat dont peu leur importait le résultat… Le festin serait le même. La chair n'a pas de goût sur un champ de bataille.

- En effet Horaxos, je sais que tu ne manqueras jamais à ton devoir, j'étais là pour m'en charger. Medox essuya sa lame purpurine sur le manteau de son ami, puis il appela un légionnaire.

- Gaeldit, ramasse la tête de ce chien. Apporte-la à notre Empereur tout puissant et dis lui que le traître est mort. Va soldat, que ni fatigue, ni ennemi ni tempête ne t'arrêtent ! Sois fidèle à l'Empire. Puis quand tu seras chez nous, va chez Horaxos. Vends ses enfants sur le marché aux esclaves. Ecarte les cuisses de sa femme et amuse-toi, car dorénavant elle est mon esclave et sa demeure est mienne. J'attends de toi une fidélité absolue…

02 décembre 2005

Le sanglier animal sacré

Demata !


Les celtes ont déifié nombre d'animaux pour leurs caractéristiques évidentes. Les bêtes constituent un des thèmes majeurs dans l'art, mais aussi dans les récits fabuleux. Il convient de rappeler que la symbolique celtique est assez développée et que chaque animal n'a pas été choisi au hasard. La chasse à la biche, dans la tradition mystique des Celtes, symbolise la poursuite de la sagesse par exemple... Une fois encore les Aes Dana ont mis en avant la profondeur de leur sage ingéniosité et par le biais de petites histoires distillent un enseignement particulier. Sans entrer dans le détail nous pouvons citer quelques animaux important dans l'emblématique celte. L'ours symbolise la fonction royale, le corbeau est l'animal de Lug... Le cygne, ou l'oiseau en général, est le messager de l'Autre-Monde, le cheval est magicien, etc. Le sanglier quant à lui symbolise la fonction sacerdotale.

Il est le symbole de la combativité et de l'invincibilité, mais aussi celui de la classe sacerdotale (pouvoir spirituel). Il représente le prolongement de Lug sur la terre. Il possède la connaissance, c'est pour cette raison que les rois et héros des textes légendaires celtiques cherchent à le capturer. En Gaule, on ne part jamais à la chasse au sanglier sans avoir au préalable consulté les puissances surnaturelles.

Comme le Druide, il est en rapport avec la forêt. il se nourrit du gland du chêne et la laie, symboliquement entourée de ses neuf marcassins, fouit la terre au pied du pommier, arbre d'immortalité.

Dans Nemedia
Il semblait normal que j'incorpore d'une manière personnelle le sanglier dans les terres Nemediantes. C'est ainsi que partant d'une légende Galloise, j'ai défini quel serait la symbolique de la créature fabuleuse dans mon univers et je me suis laissé aller à le décrire de la façon dont je le désirai vraiment. Je vous le livre ici.

Twhyth le sanglier géant albinos

Blanc comme la neige, deux gigantesques défenses jaunes comme le soleil, tranchantes comme le bien-jugé et aiguisées comme sa droiture, Twhyth darde de ses yeux rouges sanguins tous ceux qu’il toise de sa taille gigantesque, du regard impitoyable de la justice. Monstrueux comme un Fenris et puissant comme un Elobuk, le sanglier albinos est l’une des créatures fabuleuses les plus étranges de tout Nemedia. Aussi impressionnant soit-il, ce gigantesque porc sauvage n’est pas une menace pour les personnes bien intentionnées. Bien au contraire, l’animal sacré est plutôt le cauchemar vivant de ceux qui abusent de la déloyauté et n’oeuvrent que dans un but de malveillance et de persécution. Twhyth n’intervient que rarement dans les affaires des hommes, préférant de loin vagabonder dans les vastes forêts de l’Eld monde où il demeure habituellement et se prélasse auprès des membres du Tuathan. Redoutable dans ses charges, Twhyth peut à lui seul renverser cinquante hommes et détruire une bâtisse par ses coups de boutoir qui font vibrer le sol à la façon d’un tremblement de terre. Son souffle est si puissant qu’il couche les arbres et fait voler les pierres comme une nuée de grêlons. On le dit si vorace de corruption qu’il peut avaler un homme mauvais et malintentionné sans même se rendre compte. Animal de compagnie du Dagda, le sanglier albinos et aussi un des plus fidèles compagnons de Cernunnos avec qui il aime discuter au cœur de la sylve primordiale pendant des saisons entières. Twhyth n’est en fait qu’une des nombreuses incarnations de Myrdhin dans son rôle de justicier divin. Etre fabuleux s’il en est, il peut prendre l’apparence d’un gigantesque corbeau blanc qui se matérialise pour tourmenter les individus qui dispensent leur fiel par des moqueries dont la conséquence est préjudiciable aux braves gens. Sous sa forme de corbeau, il adore venir planter des coups de bec dans le crâne des détracteurs et personnes venimeuses. Twhyth peut également intervenir par le biais d’une mystérieuse voix caverneuse surgie de nulle part qui résonne comme l’écho d’une avalanche le long des flancs montagneux. Cette voix met en porte à faux et publiquement les menteurs et les médisants en posant des questions dont les réponses ne visent qu’à démasquer ces derniers aux yeux de tous.


28 novembre 2005

Jim Fitzpatrick (2ème partie : Nuada au bras d'argent)


Demata !

Je vous avais présenté Jim Fitzpatrick, lors d'un article précédent, en vous parlant du "livre des conquêtes". Il s'agissait du premier volume illustré que l'artiste avait réalisé sur les textes mythologiques irlandais. Dans le second livre, une nouvelle fois, Jim Fitzpatrick imprime de son talent les anciens récits mythiques, afin de faire découvrir au lecteur un passé glorieux dont l'héroïsme, le courage et la fierté celte avivent chaque page d'un souffle épique.

" Les cités d'or que j'ai tant aimées gisent sous de gris océans au pied des tours rutilantes de Hy-Brasyl, paradis céleste et terrestre où hommes et dieux vivaient en harmonie avec les bêtes des bois et des montagnes sauvages. C'était un temps de moisson et de renouveau mêlés, un temps de fleurs et de fruits à la même branche. C'était un temps de gestes gracieux et généreux, de regards souriants, de lèvres parlant d'amour sans honte, de bravoure sans carnage."

Ainsi commence le second livre intitulé à l'origine "le guerrier d'argent" qui en fait sera publié sous "Nuada au bras d'argent".

C'est Tuan, l'Ancien Blanc, autrefois chef de la tribu des Cessair, tous premiers hommes à peupler Erin la Verte, Tuan, homme de sagesse et de renom, qui une fois encore est le narrateur du récit. Ainsi explique t'il comment la loi des dieux interdisait à Nuada de régner, car privé de son bras lors de la bataille de Moy Tura, il ne disposait plus d'un corps entier. Il fut alors nécessaire de choisir un nouveau chef parmi les Tuatha De Danann. Nombreux sont les valeureux héros qui auraient pu remplir cette fonction, mais il advint que les femmes séduites par la prestance de Breas le Beau convainquirent les hommes de l'élire. Elles expliquèrent que le sang des Formoirés qui coulait dans ses veines renforcerait le pacte déjà scellé par le mariage de Cian, fils de Diancecht le Guérisseur et d'Eithne, la propre fille de Balor. Ainsi disaient-elles, les Tuatha De n'auraient plus jamais à craindre les Formoirés, leurs ennemis héréditaires et le seigneur sorcier Balor à l'oeil mauvais. La paix qui s'ensuivrait leur permettrait une alliance avec les Fir Bolg pour ensuite régner sereinement sur Erin...

Mais la beauté de Breas n'était qu'un leurre masquant sa duplicité. Le malheur des Tuatha ne faisait que commencer et peu à peu la noirceur de l'âme de Breas se dévoila...


Tout comme le "Livre des Conquêtes", "Nuada au bras d'argent" se divise en sept parties.


-Les métamorphoses de Tuan
-Le règne de Breas
-La restauration de Nuada au bras d'argent
-La venue de l'Il-Dana
-Le chemin du gourdin de Dagda
-Les invasions des Formoirés
-La fin de la seconde Bataille de Moy Tura


"Le nombre des morts de la bataille de Moy Tura restera inconnu tant qu'on ne saura pas compter les étoiles du ciel qui nous domine ou les flocons de la neige d'hiver ou les brins d'herbe sous nos pieds ou les chevaux de Manannan dans la tempête des flots"
Ceci est leur histoire et la mienne.
Je suis Tuan
Je suis Légende
Je suis mémoire faite mythe.

19 novembre 2005

L'esprit de la magie

Demata !


Aujourd'hui, je vais traiter succintement de la magie en Nemedia. Les Légendes et les récits héroïques tirés des différents cycles Irlandais nous démontrent que la magie était coutumière chez les Celtes. Il n'est pas rare de voir des duels entre maîtres de l'art qui tour à tour se transforment en animaux puis en créatures fabuleuses. Qui n'a pas entendu parler de Myrdhin, plus communément appelé Merlin ? Son nom en vieux celtique est Moridunon, qui signifie forteresse de la mer et exprime la puissance de l'enchanteur sur les eaux primordiales. Il connait toutes les langues y compris le langage des animaux. Sorte de druide Shaman réactualisant l'âge d'or, il rappelle les souvenirs des temps anciens où hommes et bêtes se comprenaient.

Mais les aptitudes magiques sont fréquentes et nombreuses. Les Tuatha De Danaan ont tous des pouvoirs fantastiques qui leur permettent d'invoquer brumes magiques ou ramener la santé aux moribonds pour repartir sans cesse au combat après avoir été baignés dans un puits magique. Que dire du manteau d'invisibilité, des armes magiques qui ne loupent jamais leur cible ou encore des malédictions ou alors du spasme de furie de Cuchulainn ?

Le chant d'un barde dit "J'ai reçu les dons qui ne s'apportent qu'aux porteurs de l'Anaon [...]Les Aïeux m'on légué, transmis du fond des âges, les secrets arrachés, autrefois aux Géants".

Ainsi m'est venue l'idée de la magie pour Nemedia. Je ne voulais pas de ce que l'on retrouve dans tous les jeux habituellement. Il fallait quelque chose de différent et dont la nature ne pouvait être que lié à la tradition magique des Celtes. Après avoir compulsé de nombreux récits et documents, j'avais noté trois principes qui revenaient sous de nombreuxes variantes. J'avais la base dont découlerait tout le reste...

L’Anaon, les Tenenan et les Principes
Qu’est ce que l’Anaon ?
L’Anaon est une puissance thaumaturgique issue de la Source de Nemedia à laquelle se sont associées les âmes des guerriers que les trois Tenenan originels avaient investis dans leur lutte contre l’Ombre. L’Anaon est une part de l’âme du Créateur mêlée à la conscience des preux qui luttèrent pour que leur terre ne de-vienne pas le jardin de Tanavenn. L’Anaon est entités et pouvoir, âmes et Principes.

Que sont les Tenenan ?
A l’origine, les Tenenan sont des entités mystiques auxquelles le Créateur donna la vie pour que la Source qui n’était autre que le sang de Nemedia, le reflet de son âme, ne soit jamais pervertie d’aucune manière que ce soit. Lorsque l’Ombre commença à se développer et la sinistre menace de Tanavenn à devenir in-quiétante, trois des Tenenan décidèrent de s’incarner pour contrer le fléau. Entités d’énergie pure, les trois êtres ne purent trouver de réceptacle à même de les accueillir tant leur intensité était incommensurable. Ils se scindèrent alors en Principes qui en investissant le corps de certains élus leur concéderaient des facultés extraordinaires dans le but de faire refluer l’Ombre.

Quels sont les Principes ?
Les Principes, à l’image de leurs initiateurs sont au nombre de trois.

Le Principe de la Pensée permet l’ouverture d’esprit. Il favorise l’utilisation d’une conscience autre et permet à l’hôte d’accéder à une dimension de réalité différente de celle qu’ont les êtres vivants en général.

Le Principe de la Parole donne aux mots leur puissance réelle. La force du Tenenan donne une ampleur su-périeure aux mots et à la portée qu’ils peuvent avoir sur ceux qui les entendent. La Parole utilise des vibra-tions qui modifient la sonorité des syllabes et permet d’influencer le comportement ou les actes d’autrui car elle impose l’intérêt, le respect ou la crainte.

Le Principe du Geste apporte une confiance et un savoir-faire dans la manipulation, le mouvement. Il permet l’acceptation et l'usage développé des possibilités qu’offre la morphologie de l’hôte et peut modifier la phy-siologie du Nagir lorsque la symbiose est parfaite.

Chaque Principe que je viens de vous définir est source de nombreux pouvoirs, des capacités effrayantes dont les applications sont variées et peuvent se combiner sous les formes les plus diverses. Mais cela vous le découvrirez par vous même.

11 novembre 2005

l'appel de l'aventure

Demata !

Quelque fois, la vie quotidienne est d'un tel ennui que la moindre occasion est valable pour fuir ce qu'on ne connait que trop. L'appel de l'aventure soufla aux oreilles du jeune Sengann d'une façon bien étrange, mais je vous laisse plutôt juger par vous même...

"Sengann alla nourrir les bestiaux comme son père le lui avait demandé. Il donna un coup de pied dans le groin de l’un des cochons qui se montrait trop agressif et s’assit rêveur sur la barrière à les regarder se rouler dans la fange. La nuit tombait et avec elle arrivait un vent froid qui annonçait la neige pour bientôt. Il se retourna attiré par le bruit d’une caravane de marchands qui arrivait du Northland où ils étaient allés négocier peaux, fourrures, alcool et armes en acier d’une qualité supérieure à celle que forgeaient les Cornics. Ils passeraient la nuit à Vigdaül dans la Maison des voyageurs en échange de sel et de quelques babioles puis repartiraient aux aurores pour regagner Ménémarzin où toutes ces marchandises seraient écoulées en peu de temps à des tarifs exorbitants. Sengann sauta prestement de son perchoir et se dirigea en courant vers les nouveaux arrivants ; il aimait écouter les histoires que racontaient les étrangers, elles le laissaient rêveur et lui donnaient l’impression que le monde était si vaste et si merveilleux qu’il n’attendait plus que lui. Le garçon fit le tour de la caravane inspectant chaque bête et son chargement, puis il observait les Gaiscedachs et les négociants dont tous n’étaient pas Cornics. Il reconnut des Northlanders de diverses tribus identifiables aux couleurs chatoyantes de leurs tartans et à leurs longues barbes tressées. Il ne put s’empêcher de loucher sur les nombreux et sinueux motifs entrelacés encrés qui couvraient leur épiderme, ainsi que sur leur armement effrayant, autant par la taille que par les motifs que chacun d’entre eux avaient gravé en prière à ses dieux sur les fourreaux. Il vit même des Sigoles, de petits guerriers aux yeux bridés tout vêtus de peaux ; tous avaient le visage scarifiés et les cheveux attachés en chignon sur le haut du crâne ; Sengann avait du mal à les différencier les uns des autres si ce n’est par les motifs en os et en ivoire avec lesquelles ils agrémentaient leurs tenues.

La curiosité du jeune Cornic poussa ses pas vers les négociants étrangers ; vers ce soupçon d’aventure qui recouvrait chacun de leurs visages. En tournant autour de la caravane, Sengann rêvassait ; il ne vit pas la masse imposante d’un Gaiscedach Northlander qu’il percuta de plein fouet et se retrouva couché sur le dos les yeux remplis de petites taches lumineuses.
– Eh bien enfant on ne t’a jamais appris à regarder où tu mettais les pieds ? Es-tu aveugle ? La voix du Northlander était tonitruante et moqueuse et plusieurs guerriers de l’escorte de la caravane se mirent à rire de bon cœur.
Sengann se sentit humilié mais il accepta de bonne grâce le bras tatoué que lui tendit le guerrier afin de l’aider à se relever. Il marmonna quelques mots de remerciement et leva la tête pour tenter de voir dans la semi obscurité de la nuit tombante le visage de celui qu’il avait bousculé. Il poussa un cri de stupeur et retomba en arrière de surprise. Une fois de plus tous les guerriers éclatèrent franchement de rire, le Gaiscedach du Northland le premier. Sengann avait été surpris et à la fois un peu effrayé il faut le dire à la vision du visage de son interlocuteur. Outre les nattes tressées et garnies d’anneaux d’argent, la peau de la moitié du visage du guerrier était marquée de symboles et d’entrelacs noirs et bleutés lui donnant un aspect démoniaque ; ce que l’imposante hache noire qu’il portait au côté ne faisait qu’accentuer.
– Allons lève–toi, tu ne vas pas dormir ici tout de même ? Tu as bien un abri et une famille qui t’attendent ?
Sans réfléchir Sengann répliqua :
– Non Seigneur Guerrier je suis… Je suis seul et… Et je comptais vous demander si… Si je ne pourrais pas vous accompagner à Ménémarzin pour trouver du travail, ou même vous proposer mes services, je suis fort et je mange peu, je sais faire toutes sortes de choses.
– Tu m’as l’air bien brave mais que veux tu que je te confie comme travail, tu serais plus un fardeau pour nous qu’un…
– Mais je sais chanter et jongler, je connais les Douze récits de la Moy Tura, j’ai suivi l’enseignement des Aes Dana, je pourrais faire à manger, nourrir vos montures…
– Bien, bien, nous allons voir ça tu vas devoir faire tes preuves ce soir même après je déciderai.
Sengann sentait son cœur battre la chamade, si son stratagème fonctionnait il quitterait Vigdaül aux aurores avec la Caravane et deux jours après il serait à Ménémarzin ; il pourrait enfin voir des Tuatha De Dananns…
– Je reviens, je vais vous chercher de la bière et du vin et, et du bois pour faire bouillir vos marmites.
Aussitôt dit, aussitôt fait, Sengann s’enfonça dans l’obscurité de la nuit et revint les bras chargés de petit bois et de bûchettes. Quelques instants après il repartit et revint avec deux tonnelets sous chaque bras. Il pénétra dans la maison des voyageurs et y alluma un feu dans la fosse prévue à cet effet. Quelques temps après les marmites bouillonnaient, les bêtes avaient été conduites dans un enclos prévu à cet effet et Sengann tout fier commençait à conter l’un des Douze récits de la Moy Tura devant une assemblée attentive qui buvait avec bonheur les nectars que le jeune Cornic leur avait apporté autant que ses paroles enchanteresses. Ce soir, la fraîcheur nocturne se fit moins ressentir et tous se délassèrent au point que personne ne mit longtemps à s’endormir.



Le soleil s’était levé depuis un bon quart d’heure lorsque Sengann ouvrit les yeux. Il avait mal à la tête et se rappelait avoir bu plus que de raison avec les guerriers de l’escorte de la caravane. Repensant à la veille, il se leva d’un bond ; tous étaient partis, seul un poignard en ivoire à la fusée finement entrelacée de lanières de cuir et au pommeau en acier était planté dans le sol près de l’endroit où il avait dormi. Il ramassa l’arme puis l’examina. C’était du bel ouvrage, une arme bien équilibrée dont la longue lame en ivoire tranchait comme le meilleur acier qui lui avait été donné de voir. En outre c’était un précieux don, le coût d’une telle arme devait être exorbitant. Sengann la glissa dans sa ceinture. Aussitôt il s’empressa de courir à l’extérieur puis sans faire de bruit se faufila dans la demeure familiale et prépara à la hâte une besace dans laquelle il entassa tout ce qui pouvait lui sembler utile pour le périple qu’il envisageait. Il était bien décidé par un moyen ou un autre à rattraper la caravane et Arzhul le Gaiscedach au visage tatoué. Après s’être emparé de la veste de cuir que sa mère lui avait patiemment confectionné durant de longues semaines il ressortit sans le moindre bruit et se dirigea vers l’enclos des Finkhs, il lui fallait à tout pris une monture rapide ; il savait qu’il se rendrait coupable d’un vol aux vu des codes de son Tuath mais il savait aussi qu’il reviendrait un jour payer sa dette..."